Curiosités

HÔTEL DE LAUZUN, le Paris de Louis XIV

30 novembre 2016
LAUZUN BALCON

Raymond Boulhares, gardien de l’hôtel de Lauzun et auteur d’un ouvrage sur cette somptueuse demeure, l’a surnommée « l’hôtel des hypothèses » tant son histoire est peu connue

C’est un endroit plein de mystères qui ne se livre qu’aux initiés ! Une porte cochère, un heurtoir richement forgé, une architecture classique, une grande cour intérieure, un escalier de parade…  Cette nuit du 26 novembre 2016, sur le quai d’Anjou, au cœur de l’île Saint Louis, Malle EthniK pénètre dans un des hôtels particuliers les plus emblématiques du Paris du XVIIe siècle. Un véritable Versailles en miniature avec ses lambris dorés, ses miroirs et les riches décors baroques de ses salons d’apparat, tous magnifiés par les lumières du soir. Mais le plus fascinant, ce sont les histoires romanesques et étourdissantes qui ont marqué le lieu…

L’EMPREINTE D’UN COURTISAN

Construit en toute discrétion entre 1650 et 1658 par un noble contemporain de Louis XIV, l’édifice n’a appartenu que trois ans, de 1680 à 1683, à Antonin Nompar de Caumont (d’abord marquis de Puyguilhem, puis comte de Lauzun, fait duc en 1692), dont il tire aujourd’hui son nom. Quel personnage ! Cet officier émérite est aussi un homme sulfureux, réputé comme l’un des plus grands séducteurs de la cour de Louis XIV. Au point d’inspirer une passion dévorante à la cousine de ce dernier, Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, qui fera tout pour l’épouser, quitte à braver l’autorité royale. Malgré ses hauts faits d’armes, Lauzun est plusieurs fois incarcéré, d’abord pour avoir osé disputer une conquête au roi, ensuite pour s’être emporté contre son souverain. En 1671, l’insolent courtisan va jusqu’à injurier la maîtresse du souverain, Madame de Montespan ! C’est la provocation de trop. Lauzun est  « exilé » à la citadelle de Pignerol pendant près de dix ans. Ce n’est que bien après sa libération qu’il regagne les faveurs du roi.

LAUZUN INTERIEUR

UN PARADIS SECRET

Au fil du temps, d’autres illustres personnalités, artistes pour la plupart, mais aussi scientifiques de renom, ont vécu ou séjourné sous les ors de cet hôtel particulier. Ainsi, Théophile Gautier ou encore Charles Baudelaire comptent parmi ses résidents. Il se dit que Camille Claudel et Marie Curie y ont un temps trouvé refuge.

Dans les années 1840, la demeure, alors baptisée hôtel de Pimodan, abrite même les rendez-vous mensuels secrets du très select Club des haschischins. Un groupe d’artistes en quête d’inspiration hallucinatoire dont Eugène Delacroix, Ferdinand Boissard de Boisdenier, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Daumier, Théophile Gautier, Baudelaire, Gérard de Nerval et Alexandre Dumas – pour ne citer que les plus assidus – y expérimentent les paradis artificiels (cannabis, opium…), pourtant déjà illicites, sous la surveillance du controversé Dr Moreau.

Le propriétaire de l’époque, Jérôme Pichon, sera l’un des plus fervents restaurateurs et conservateurs du lieu. Une tâche reprise par ses héritiers après lui. L’hôtel de Lauzun est désormais la propriété de la ville de Paris qui s’est donné pour mission d’en préserver le patrimoine. Mais ça, c’est une autre histoire…

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